PEA vs assurance vie : deux enveloppes, deux philosophies
PEA ou assurance vie pour investir en Bourse en 2026 ? Si tu te poses la question, tu es déjà mieux armé que 90 % des épargnants français qui laissent dormir leur argent sur un Livret A à 3 % brut (et encore… quand ça dure).
Le Plan d’épargne en actions (PEA) et l’assurance vie sont les deux grandes enveloppes fiscales pour investir en Bourse en France. On ne parle pas seulement de rendement, mais aussi de fiscalité, de souplesse, de transmission… et de stratégie globale de patrimoine.
Je vais te proposer une grille de lecture simple pour que tu puisses répondre, pour toi-même, à la vraie question : “quelle enveloppe choisir, dans quel ordre, et pour quels objectifs, à partir de 2026 ?”
Rappel rapide : comment fonctionne un PEA en 2026 ?
Le PEA est une enveloppe fiscale destinée à investir principalement en actions européennes, avec un gros avantage fiscal au bout de quelques années de détention.
Principales caractéristiques du PEA (régime toujours valable à l’horizon 2026, sous réserve d’éventuelles réformes) :
- Plafond de versement : 150 000 € pour un PEA classique (300 000 € en additionnant PEA + PEA-PME, selon l’article L221-30 du Code monétaire et financier).
- Éligibilité : personne majeure fiscalement domiciliée en France, un PEA par personne (article L221-32 C. monétaire et financier).
- Supports : actions françaises et européennes, OPCVM/ETF investis majoritairement en actions européennes, PEA-PME pour les petites et moyennes entreprises.
- Fiscalité après 5 ans : exonération d’impôt sur le revenu sur les gains (plus-values, dividendes), seuls les prélèvements sociaux (17,2 % actuellement) restent dus (articles 125-0 A et 157 du Code général des impôts).
- Fiscalité avant 5 ans : imposition au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les gains, sauf cas particuliers (départ en retraite, invalidité, etc.).
- Retraits : avant la réforme de 2019, un retrait clôturait le PEA avant 8 ans. Désormais, tu peux faire des retraits partiels après 5 ans sans clôture, ce qui le rend beaucoup plus souple.
En clair, le PEA est une enveloppe orientée actions long terme, très intéressante fiscalement à partir de 5 ans, avec une architecture plus souple qu’avant.
Assurance vie : le couteau suisse de l’épargnant français
L’assurance vie n’est pas seulement un “placement”. C’est une enveloppe juridique et fiscale qui permet :
- d’investir sur une grande variété de supports,
- d’optimiser la fiscalité après 8 ans,
- d’organiser la transmission de son patrimoine,
- de bénéficier d’une certaine souplesse pour retirer ou arbitrer.
Caractéristiques clés (régime fondé notamment sur les articles 125-0 A, 125-0 C et 990 I du Code général des impôts, et L132-1 et suivants du Code des assurances) :
- Pas de plafond légal de versement, contrairement au PEA.
- Supports variés : fonds euros (capital garanti par l’assureur), unités de compte (actions, obligations, immobilier via SCPI/SCI, ETF…), fonds structurés, etc.
- Fiscalité des rachats : seule la part de gains dans le retrait est imposée (prorata capital/intérêts).
- Après 8 ans : abattement annuel sur les gains rachetés de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple (article 125-0 A CGI), puis imposition réduite ou PFU.
- Transmission : gros avantage en cas de décès : abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (article 990 I CGI).
L’assurance vie est donc l’enveloppe de patrimoine global par excellence : épargne, investissement, transmission.
PEA vs assurance vie : le match sur 5 dimensions clés
Pour choisir, il faut comparer ce qui compte vraiment pour toi. Je te propose 5 critères simples :
Fiscalité des gains : qui gagne ?
En 2026, sauf réforme majeure, on retrouve le schéma suivant :
PEA :
- Avant 5 ans : PFU 30 % sur les gains en cas de retrait (12,8 % impôt + 17,2 % prélèvements sociaux).
- Après 5 ans : exonération d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux (17,2 %) sont dus sur les gains.
Assurance vie :
- Avant 8 ans : PFU 30 % sur la part de gains retirés (sauf option pour le barème), avec de petites nuances selon la date des versements (article 125-0 A CGI).
- Après 8 ans : abattement annuel de 4 600 / 9 200 € sur les gains, puis imposition au prélèvement forfaitaire de 7,5 % ou 12,8 % selon le montant des primes, + 17,2 % de prélèvements sociaux.
Verdict fiscal pour l’investisseur actions pur :
- Sur des actions/ETF actions, le PEA est souvent plus avantageux à partir de 5 ans, car les plus-values sont exonérées d’impôt sur le revenu.
- L’assurance vie devient très intéressante pour des retraits réguliers après 8 ans grâce à l’abattement.
Univers d’investissement : liberté vs spécialisation
PEA :
- Tu es limité aux actions européennes et aux fonds/ETF majoritairement investis en actions européennes.
- Il existe des ETF “world” éligibles PEA, mais ils sont un peu plus techniques (ETF synthétiques, par exemple).
- Pas d’immobilier en direct (type SCPI) dans le PEA.
Assurance vie :
- Accès aux fonds euros (capital garanti), obligations, SCPI, SCI, OPCI, actions, ETF, fonds structurés…
- Possibilité de construire une allocation très diversifiée (actions + obligations + immobilier + cash).
Verdict : le PEA est une enveloppe spécialisée “actions”, l’assurance vie est une enveloppe “multi-actifs”. Si ton objectif est d’acheter principalement des actions/ETF pour le long terme, le PEA est logique. Si tu veux bâtir un portefeuille diversifié, l’assurance vie est incontournable.
Souplesse des retraits et gestion de la trésorerie
PEA :
- Depuis la loi PACTE (loi n° 2019-486 du 22 mai 2019), les retraits après 5 ans ne clôturent plus le plan.
- Avant 5 ans, tout retrait entraîne la clôture, sauf rares exceptions prévues par la loi (invalidité, licenciement, etc.).
- Le PEA reste moins pratique pour gérer de la trésorerie à court terme.
Assurance vie :
- Tu peux faire des rachats partiels libres quand tu veux, sans bloquer le contrat.
- Tu peux programmer des rachats programmés pour compléter tes revenus.
- Tu peux aussi faire des avances (prêt de l’assureur, sans fiscalité immédiate).
Verdict : pour la souplesse quotidienne et la gestion de revenus complémentaires, l’assurance vie prend l’avantage.
Transmission et succession : le gros point fort de l’assurance vie
Côté succession, la différence est nette :
PEA :
- À ton décès, le PEA est clôturé.
- Les titres rentrent dans l’actif successoral classique, soumis aux droits de succession selon le lien de parenté.
Assurance vie :
- En cas de décès, les capitaux sont transmis selon la clause bénéficiaire de ton contrat (articles L132-8 et suivants du Code des assurances).
- Les versements effectués avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I CGI).
- Les versements après 70 ans ont un traitement différent (article 757 B CGI) mais restent intéressants dans certains cas.
Verdict : pour préparer une transmission optimisée à tes proches, l’assurance vie est clairement supérieure. Le PEA, lui, est un outil de capitalisation personnelle, pas un outil de transmission.
PEA ou assurance vie en 2026 : dans quel ordre s’y prendre ?
Pour beaucoup de particuliers, la bonne question n’est pas “PEA ou assurance vie ?”, mais plutôt “dans quel ordre ouvrir et alimenter ces enveloppes ?”.
Scénario 1 : tu débutes en Bourse, horizon long terme (10 ans et +)
- Ouvre un PEA dès que possible (effet cliquet sur l’antériorité fiscale).
- Commence par des ETF actions larges (Europe, monde éligible PEA) avec des versements mensuels.
- En parallèle, ouvre une assurance vie, ne serait-ce que pour démarrer le compteur des 8 ans.
Scénario 2 : tu as déjà de l’épargne de précaution et tu veux diversifier
- Alimente en priorité ton PEA pour y loger tes investissements actions.
- Utilise l’assurance vie pour les supports plus prudents (fonds euros, obligations) et l’immobilier.
Scénario 3 : tu prépares ta retraite / des revenus complémentaires
- Le PEA peut servir à générer des dividendes ou des retraits programmés après 5 ans.
- L’assurance vie est idéale pour des rachats programmés optimisés fiscalement après 8 ans.
- Tu peux aussi compléter avec un PER (plan d’épargne retraite), mais c’est un autre sujet.
Profil par profil : quelle enveloppe privilégier ?
Profil “investisseur actions dynamique” (25-45 ans)
- Priorité : PEA pour loger la majorité de tes ETF/fonds actions.
- Assurance vie en complément, pour diversification et préparation de la transmission.
Profil “patrimonial prudent” (40-60 ans)
- Assurance vie en coeur de patrimoine : fonds euros, un peu d’unités de compte, immobilier.
- PEA utilisé de façon plus ciblée pour une poche actions long terme.
Profil “transmission et protection de la famille”
- Assurance vie prioritaire, avec travail approfondi sur la clause bénéficiaire.
- PEA comme outil secondaire pour booster le rendement global du patrimoine.
Les erreurs classiques à éviter en 2026
- Tout mettre en assurance vie fonds euros “parce que c’est rassurant” : en 2026, les taux resteront probablement modestes, le risque est surtout de voir ton pouvoir d’achat s’éroder.
- Ignorer le PEA alors que tu investis déjà en actions via un compte-titres ordinaire : tu perds un énorme avantage fiscal sur le long terme.
- Multiplier les mauvais contrats d’assurance vie : certains anciens contrats ont des frais prohibitifs et peu de supports intéressants. Mieux vaut avoir 1 ou 2 bons contrats que 5 médiocres.
- Ne pas regarder la fiscalité des rachats : sur l’assurance vie, il faut comprendre la part de capital/gains dans chaque retrait pour optimiser.
Quelle stratégie adopter concrètement à partir de 2026 ?
Si je devais résumer une approche simple, adaptée à beaucoup de cas :
- 1. Constituer une épargne de précaution (Livret A, LDDS, comptes sur livret) : 3 à 6 mois de dépenses.
- 2. Ouvrir immédiatement un PEA et une assurance vie pour faire tourner l’horloge fiscale.
- 3. Utiliser le PEA comme enveloppe principale pour tes investissements actions/ETF long terme.
- 4. Utiliser l’assurance vie pour :
- les supports prudents (fonds euros),
- l’immobilier papier (SCPI, SCI),
- la préparation de la transmission et des retraits complémentaires.
- 5. Réévaluer ta répartition tous les ans en fonction de ta situation personnelle, fiscale et de marché.
PEA et assurance vie ne sont pas des adversaires, mais des alliés. Le vrai enjeu, en 2026 comme aujourd’hui, ce n’est pas de trouver “le produit miracle”, mais de bâtir une stratégie cohérente avec tes objectifs, ton horizon et ta tolérance au risque.
Si tu veux aller plus loin, le plus pertinent est de poser noir sur blanc :
- ton horizon de temps,
- tes objectifs (retraite, achat immobilier, transmission…),
- ton niveau d’acceptation de la volatilité.
À partir de là, PEA et assurance vie deviendront des outils, et non plus des sources d’hésitation.
Je suis Leopold Vignan, je conseille les particuliers sur les sujets de finances personnelles et le crédit, et j’ai un master en finances à l’Université de Paris. Je suis rédacteur du site Moneyblog.fr depuis 2018.
